mercredi 4 janvier 2012

Qui n'a pas eu sa part de soleil vert ?

Plantons déjà le décor (avant d'entamer notre part de soleil vert, plutôt que la sempiternelle part de galette des rois !) : en 2022, la Terre est surpeuplée et voit ses ressources naturelles, exploitées à outrance, se raréfier dangereusement.

Dans un New-York pollué et surpeuplé, un jeune détective (Charlton Heston... plus très jeune pourtant à l'époque du tournage) enquête sur le meurtre d’un haut fonctionnaire d’une socièté agroalimentaire toute puissante.

La surpopulation est telle que les habitants (en majorité des chômeurs) des grandes métropoles vivent dans les rues et les escaliers d’immeubles insalubres où s’entassent plusieurs familles à la fois, tandis que la violence fait des ravages dans une population devenue inexorablement analphabète.
Les émeutes des peuples affamés sont prétexte aux déploiements de forces d’une police corrompue par des sociétés agroalimentaires devenues les maîtres du monde.


Mais que vient faire, dans le radiateur de la Dame, ce scénario catastrophe digne d’un candidat écologiste en pleine campagne présidentielle ?
Point de programme pro-environnemental (voire même Malthusien) pour 2012 sur ce blog, mais le pitch d’un film américain réalisé il y a 38 ans déjà : Soleil Vert de Richard Fleischer.

En 2022, la ville de New-York est recouverte d’un épais brouillard vert accentuant la canicule et la pollution permanentes qui y règnent. Le quotidien des millions d’habitants est rythmé par les lentes processions des files d’attentes interminables pour se procurer les aliments de synthèse comme le Pain de Soleil, le Soleil Jaune, mais surtout le Soleil Vert, une pastille distribuée gratuitement par la société Soylent (1).
Malgré les émeutes régulières causées par la famine, la majeure partie de la population (la « génération Soleil Vert ») semble accepter son sort n’ayant jamais rien connu d’autre. L’analphabétisme, la surpopulation et la violence qui en résulte sont le fatal résultat d’une politique de surconsommation matérielle, mais aussi humaine (2), longtemps prônée par les dirigeants d’un monde d’abondance naturelle, monde déjà oublié de ces nouvelles générations.
Ainsi, Robert Thorn (Charlton Heston donc), un détective appartenant à la « génération Soleil Vert », enquête docilement pour la police sur le meurtre du directeur de la société Solyent. Il découvre des preuves d’un assassinat mettant en cause certains membres de la société. Malgré les pressions de plus en plus menaçantes de son supérieur hiérarchique, Robert Thorn décide de continuer l’enquête. Ce qu’il va découvrir dépasse son entendement et causer sa propre perte…

Pourquoi le film Soleil Vert reste-il aussi efficace, voir choquant, 38 ans après sa sortie au cinéma ? Parce que nous subissons de plus en plus les conséquences de la pollution et de la surpopulation (et tout ce qui en résultent : famine, raréfaction de l’eau potable, retour de grandes épidémies dans les pays riches). La corruption et la violence sont aussi deux grands sujets récurents au 21ème siècle, et pourtant c’était déjà les préoccupations des dirigeants depuis le 19ème siècle : le Populationnisme aurait-il donc gagné sur le Malthusianisme ?

Il semble qu’en 2012 la réponse sera évidente. Fatalement évidente ? Dans Soleil Vert, elle est donnée dès l’incroyable générique du début.

Richard Fleischer s’est délibérément éloigné du roman éponyme d’Harry Harrison écrit en 1966 pour devenir encore de nos jours la référence cinématographique du film d’anticipation. Malgré un aspect visuel bien « démodé », le fond reste une porte grande ouverte à nos sujets d’actualité. Soleil Vert fait-il parti de ces films visionnaires ?

Tourné en 1973, Soleil Vert collait déjà à l’actualité et illustrait le premier choc pétrolier : les idées écologistes commencent alors à intéresser le monde politique (le consultant technique du film était à l’époque le président de l’Académie américaine pour la protection de l’environnement).

Dans le film de Richard Fleischer, Soylent, la société qui produit et distribue les aliments de synthèse à la population miséreuse (misérable ?), est en fait le personnage principal du film : elle nourrit la majorité du peuple et semble avoir droit de vie et de mort sur lui. Sorte de Big Brother, Soylent ira jusqu’à « tuer » son propre représentant, sans doute trop humain, pour régner implacablement sur une population affamée et donc servile.

Terrifiant Soleil Vert qui vous marque et vous vous brûle encore 38 ans après.

Si Soleil vert est un film sombre et visionnaire, nous aurons bientôt la réponse, même si nous refusons d’admettre l’effroyable fatalité. Réaction somme toute bien humaine.


(1) La viande, les fruits et les légumes sont vendus à un coût prohibitif, (car très rares) et donc réservés aux plus riches.

(2) Le besoin de consommer est tel qu’une partie de la population se voit, elle-aussi, devenir un bien de consommation : ainsi les femmes peuvent être achetées par les plus riches, devenant leurs « femmes-mobiliers ».



2 commentaires:

  1. la dame ne nous rajeunit pas, sur ce coup-là... mais la force du métrage est indéniable. un souvenir flou, à brûle-pourpoint: face à charlton heston, un vieillard évoque avec nostalgie et larmes de rigueur les tomates de son enfance... tomates dont s'emparera 37 ans plus tard l'excellente nathalie quintane http://bertfromsang.blogspot.com/2011/12/tomates.html une histoire de lois, encore...

    au plaisir !

    RépondreSupprimer
  2. Très belle vidéo "lettrée" de N Quintane ! J'ai bien aimé son lancé de tomates et de mots :-)
    Quant au vieillard si émouvant dans Soleil Vert, il est joué par l'excellent acteur Edward G. Robinson. Soleil Vert sera d'ailleurs son dernier film. Encore plus émouvant donc.

    RépondreSupprimer