lundi 28 novembre 2011

Il existe au milieu du temps la possibilité d'une île

En 2008, l'écrivain Michel Houellebecq (Prix Goncourt 2010) adapte au cinéma son propre roman La
Possibilité d’une île. L’ancien élève de l’Ecole Louis-Lumière, passionné depuis l’adolescence par l’univers fantastique et désenchanté de H.P. Lovecraft, réalise alors un premier film bien singulier. La Dame n'en attendait pas moins de son écrivain préféré !

Les romans d'anticipation tels que La Possibilité d'une Île ou Babylon Babies (Babylon A.D. au cinéma (1)) de Maurice Dantec sont difficilement adaptables au cinéma. Aussi, Michel Houellebecq s'est-il chargé de la réalisation, du scénario et des dialogues, et tout son univers de solitude tourmentée se retrouve alors dans ce film.

Un gourou, incarné par l'acteur Patrick Bauchau (La Caravane de l’Étrange), annonce à une poignée d'adeptes la fin du monde et l'imminence d'une nouvelle ère grâce au clonage humain.

La Possibilité d'une île se découpe en trois parties :

- La secte.
Dans un hangar, quelques individus aux regards perdus, fatigués, avachis, manquant tomber parfois de leur chaise, écoutent (non sans un terrible effort de concentration) un illuminé habillé de blanc et passant quelques diapositives.
A noter que dans ce pitoyable public, les représentants de l'humanité (sic !), Michel Houellebecq écoute d'une oreille distraite le Gourou et ses promesses de jeunesse éternelle.

- L'Humanité.
Les années passent et la secte s'est tranquillement implantée dans le monde entier.
Sur l’île de Bali, Daniel, l'un des premiers membres de la secte (l'acteur Benoit Magimel, excellent dans le rôle) vient rendre visite au Prophète. Daniel s'installe dans un hôtel de luxe pour touristes vieillissants et croupissants d'ennuis.
A noter la très belle scène de l'immense et glacial hall d'hôtel, symbolisant l'état d'esprit de tous ces êtres rongés par la solitude, où chacun se croise sans se voir dans un univers aseptisé.
Le Gourou présente à Daniel le scientifique qui va bientôt concrétiser la prophétie fantaisiste de la secte.
Tous les plans sont tournés d'une manière assez lancinante, où les personnages évoluent comme dans un rêve éveillé.

- La Fin.
Cette troisième et dernière partie est celle qui intéressera le plus les amateurs de cinéma d'anticipation.
Un homme très affaibli vit reclus dans une grotte à l'abri des contaminations extérieures. C'est le 24ème clone de Daniel et c'est le dernier représentant de l'humanité, les cataclysmes ayant eu raison des hommes depuis bien  longtemps.
Daniel25 rédige tout le parcours de Daniel1 et de ses clones. Il comprend peu à peu leurs (ses) évolutions. Il ressent le besoin de quitter sa grotte afin de retrouver, errante dans les paysages dévastés, Marie22.
Elle aussi a survécu. Daniel découvrira une nouvelle sensation : le besoin d'aimer... enfin, car c'est elle la possibilité d'une nouvelle espèce.


Le film est une réussite plastique. Les paysages épurés, en particulier ceux de Lanzarote, sont grandioses et la lumière éclatante. Le silence domine le film et renforce l'impression permanente de solitude, pesante en présence des humains, et si bienfaisante dans le monde post-apocalyptique où évolue Daniel25 et Marie22.

La Possibilité d'une Ile est, après avoir été un grand roman, un film d'auteur risqué car audacieux.
C'est bien sûr un film d'anticipation, toutefois à conseiller aux cinéphiles avertis.

(1) A voir absolument, le documentaire sur le film de Mathieu Kassovitz montrant bien les difficultés que peut rencontrer un réalisateur français face à la machinerie cinématographique américaine.

Titre : La Possibilité d'une île
Réalisation : Michel Houellebecq
Scénario : Michel Houellebecq
Photographie : Jeanne Lapoirie et Éric Guichard
Musique : Mathis Nitschke
Production : Mandarin Cinéma, Éric Altmeyer et Nicolas Altmayer
Distribution : Bac Films
Pays : France Durée : 1h25
Date de sortie : 10 septembre 2008

Post-Scriptum de la Dame : Michel Houellebecq est un artiste atypique dans le paysage culturel français aseptisé. Point de scènes sulfureuses dans ce film, ce qui calmera tous les médisants qui retiennent seulement ce "détail" de l'oeuvre complexe de cet écrivain de génie.



2 commentaires:

  1. Mmh. je n'aurais pas cru que cette île avait le moindre interêt.
    Ou est ce qu'on peut voir le docu sur le tournage de Babylon A.D , chère Dame ?

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  2. Cette île sans intérêt ! La Dame s'en est brûlée à son radiateur en lisant cela ;-)
    Le chef de gare peut voir ce documentaire... ici: http://www.desperatezombie.com/2011/11/fucking-kassovitz-le-doc-sur-le-tournage-catastrophique-de-babylon-a-d/

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