dimanche 16 avril 2017

What’s in the basket ? Xtro !


Xtro de Harry Bromley Davenport (1983) et Basket Case de Frank Henenlotter (1982) ont en commun une réalisation proche de l’artisanat avec un budget se réduisant à une peau de chagrin, le tout sous l’égide de distributeurs en mal d’effets gore (très à la mode à l’époque, le "Sick Movie") et de scènes coupées ou remontées à leur guise. Un autre point commun me donne l’envie de faire un parallèle entre ces deux films « fauchés » et très personnels : la thématique de la filiation dans ce qu’elle a de plus contraignante ! Mais attention aux éclaboussures, car on risque de se mettre du sang partout...

Dans Xtro, un anglais, Sam Phillips, se fait enlever par des extraterrestres sous les yeux terrifiés de son jeune fils Tony. Trois ans plus tard Sam revient sur terre sous l’aspect d’une créature monstrueuse. Bien décidé à renouer avec sa famille, Sam réussit à retrouver son aspect d’homme, (je reviendrai sur cette scène horrible et culte) afin de transmettre ses pouvoirs surnaturels à Tony et perpétuer ainsi une nouvelle espèce.
 
 
Pour Basket Case (Frères de sang), Duane, un jeune blondinet débarqué de sa province, s’installe dans un hôtel de passe en plein cœur de la sordide 42ème rue d’un New-York du début des années 80. Le jeune homme a été séparé à l’adolescence de son frère siamois, Bélial, par des chirurgiens sans scrupules. Encombré d’un énorme panier en osier, Duane veut se venger…
 

« What’s in the basket ? » Telle est la question récurrente pour chacune des futures victimes de Duane et Bélial. 

Tandis que Xtro veut évoquer les films de science-fiction américains des années 50 dans une trame plutôt classique, comme La Guerre des Mondes, Basket Case rappelle (si on est une chroniqueuse audacieuse) Sisters de Brian De Palma, Eraserhead , mais surtout les films trash de Herschell Gordon Lewis et ceux de John Waters. Harry B. Davenport voulait avant tout pour son second film (le premier, Whispers of Fear, lorgnait plutôt vers le thriller) étonner, surprendre voir provoquer le spectateur faisant fi de la qualité des effets spéciaux (à noter les différents aspects des extraterrestres pourtant issus de la même espèce, ou le mode de procréation lui-aussi un peu trop varié), tout comme Franck Henenlotter se fichait du rendu « cheap » de la technique stop-motion et de l’aspect caoutchouteux de Bélial, le frère siamois du blondinet benêt. Le but des deux réalisateurs étant de contrer la vague politiquement correct qui commençait à déferler avec la grosse machinerie Spielbergienne : les gentilles créatures n’ont pas toutes de grands yeux bleus innocents.
 

Les deux films se divisent en deux parties : la partie sociale et la partie « agressive ». Cette dernière partie étant « adoucie » pour Xtro par les scènes « oniriques » avec Tony, mais accentuant par là même, les scènes gores dont la fameuse « scène du viol par l’extraterrestre ». Je l’avais promise, la voici donc cette scène devenue culte : la créature de l’espace « engrosse » une jeune femme. Sam renaît instantanément des entrailles de la pauvre victime. C’est ce qu’on appelle une fécondation express ! Choquant 27 ans après. Dans Basket Case les scènes deviennent de plus en plus gores à mesure que Bélial comprend son implacable marginalité : la fiancée de Duane rendra Bélial fou de jalousie et poussera celui-ci à « convoiter » la promise de son frère. Le père des deux frères siamois, après avoir été retrouvé, se verra « tranché » en deux, puis l’un des chirurgiens comprendra l’effet du scalpel sur son propre visage. Attention aux âmes sensibles ! Mais on peut déceler dans ces deux films extrêmement gore, une note (légère certes) de poésie macabre. Pour Basket Case : Bélial, cette aberration de la nature, ce freak, écoute paisiblement au coin du feu, sur les genoux de sa tante adoptive, un conte pour enfant. Touchant, malgré les élans imprévisibles de Bélial, tel le refus de la société quand il fait tomber un téléviseur offert par son frère. Duane quant à lui, se rêve nu parcourant les rues d’un New-York endormi. Dans Xtro, les rêves et les jouets de Tony prennent vie grâce aux pouvoirs de son père. Mais Tony n’est pas Elliot et très vite les rêves de l’enfant deviennent un enfer pour le voisinage.
 

C’est surtout le mauvais goût, parfois grossier, qui a la part belle dans Basket Case, tandis que Xtro hésite perpétuellement entre film d’horreur moderne et onirisme agressif. Franck Henenlotter, lui, en digne héritier de John Waters, mais malgré une réalisation difficile à cause des conditions de tournage (les décors sont ceux d’un vrai hôtel de passe dans les bas-fond de New-York) joue la carte des couleurs jaunâtres, de l’interprétation douteuse, d’un éclairage sombre et d’une animation hasardeuse pour Bélial. Ainsi chaque scène deviendra culte car complètement ringarde. D’ailleurs ce sont les fans de la première heure qui pousseront le distributeur américain à « rendre » toutes les scènes intactes à Basket Case. Ces deux cinéastes alternatifs resteront marqués par leurs premiers films et Harry B. Davenport réalisera trois Xtro pour disparaître dans les oubliettes du film d’horreur, tandis que F. Henenlotter réalisera Brain Damage, sorte de remake plus « léché » de son Basket Case, qu’il disait à l’époque détester, puis le plus connu : Frankenhooker (1990) et enfin Basket Case 3 : The Progeny avec pour ces deux séquelles, la collaboration de Bob Martin le rédacteur-en-chef de la mythique revue Fangoria.
 

A (re)découvrir si l’on veut connaître deux pièces maîtresses d’œuvres fauchées venant droit du cinéma d’exploitation dont l’honnêteté féroce et le mauvais goût volontaire des réalisateurs ne sont certainement pas à mettre en doute.
 
Titre original : Basket Case
Titre français : Frère de sang
Réalisation : Frank Henenlotter
Scénario : Frank Henenlotter
Photographie : Bruce Torbet
Pays d'origine : États-Unis
Genre : horreur
Durée : 91 minutes
Date de sortie : 1982

Titre : Xtro
Réalisation : Harry Bromley Davenport
Scénario : Ian cassie & Robert Smith
Production : New Line Cinema
Photographie : John Metcalfe
Pays d'origine : Grande-Bretagne
Genre : science-fiction & horreur
Durée : 1h20
Date de sortie : 1982

Article publié sur le site Mondes étranges.fr en 2010

samedi 7 janvier 2017

samedi 17 décembre 2016

Passez la porte, et installez-vous dans la Room 237

Oyez, oyez : spoiler en vue ! 

Room 237 est un documentaire de Rodney Ascher étrange et fascinant, qui présente différentes théories ou idées de complots découverts par des fans acharnés, voire des experts et néanmoins cinéphiles, à travers leurs inlassables visionnages d’un classique du cinéma d’horreur, Shining de Stanley Kubrick réalisé en 1980. 

Stanley Kubrick signa avec son film déroutant, une œuvre autant admirée que dénigrée, fascinant les uns, rebutant les autres qui, à l’époque de la sortie du film, criaient au travail bâclé ou accusaient le génial réalisateur du sulfureux Lolita ou du choquant Les Sentiers de la gloire de, s’être « vendu » au Dieu dollar en adaptant un best-seller de l’écrivain le plus lu au monde à cette époque : Stephen King. 


A travers neuf chapitres (segments), où se mêlent faits et fictions illustrant les explications des fans et des experts, le réalisateur donne sa propre relecture du film de Kubrick grâce à un montage élaboré qui donne une vision saisissante de ce que Kubrick montrerait réellement au spectateur. Cette analyse, et par là même, cette nouvelle critique d’un film réalisé il y a 33 ans, nous laisse pantois devant l’évidence des indices « redécouverts » grâce aux nouvelles technologies (le visionnage du film en blu-ray par exemple), les incroyables fondus au ralenti (certains fans passionnés iront jusqu’à superposer le film au début et en même temps par la fin, découvrant des images subliminales troublantes... et explicites !) 


Rodney Ascher emporte le spectateur dans un tourbillon de théories incroyables en montrant les nombreux indices, clins d’œil (parfois drôles ou à connotations sexuelles) distillés dans tout le film par Stanley Kubrick, qui, sous prétexte d’adapter un roman horrifique, n’aurait eu de cesse de donner (restons au conditionnel) l’occasion au public de connaître sa vérité. Car Stanley Kubrick aura montré, dans toute son œuvre complexe, à un public souvent démuni face à des scènes rendues « étranges » par l’abondance de détails atypiques, une vérité pesante et refoulée, comme la vérité cachée derrière la porte d’une certaine chambre 237 d’un hôtel isolé. Dans Shining, les théories et idées de complots obsèdent de nombreux fans, des professeurs, journalistes ou des experts en Histoire, certains s’interrogeant d’ailleurs sur le fait qu’à la sortie du film, personne ne s’était demandé pourquoi Shining laissait-il une telle impression de malaise, voire l’idée d’un film bâclé par les nombreuses scènes incompréhensibles. 

L’histoire étant de facture plutôt classique (un hôtel hanté qui terrorise ses habitants), ainsi, c’est par la personnalité même du réalisateur qu’il faudrait trouver les clés du film : que représentent vraiment les tableaux, les motifs des tapis ou tapisseries, certaines fenêtres à la lumière trop aveuglante, les petites pancartes accrochées sur les poignées de portes, le parcours en tricycle de Danny le petit garçon dans les couloirs gigantesques de l’hôtel, la marque de la machine à écrire de Jack Torrance, le terrifiant labyrinthe (inexistant dans le roman de Stephen King mais imposé par Kubrick, provoquant par là même la colère de l’écrivain) ? Une pile de boites de conserves de la marque Calumet dans la réserve va « frapper » la tête de Jack Torrance par un effet subtil de camera. Certains ont vu dans ce plan le départ d’une théorie incroyable qui formera le premier segment du documentaire. 

Les fans sont insatiables pour démontrer leur théorie, et on ne peut que s’incliner devant la probabilité de certaines d’entre elles, mais aussi la fantaisie des autres. Le titre du documentaire fait bien sûr référence à la terrifiante chambre de l’Hotel Overlook. Mais pourquoi 237 ? (Pourquoi pas, me répondrons certains d’entre vous... réfractaires à toute idée de conspiration). Dans le documentaire, un expert en Histoire a une réponse. Sa théorie représente le second segment du documentaire : pour lui, l’obsession de Kubrick pour l’Holocauste est si violente qu’il n’arrivait pas à réaliser un film sur le sujet. 

Après avoir réalisé Barry Lindon, film esthétiquement parfait, mais plutôt ennuyeux à tourner (Sic !), Kubrick voulut se tourner vers un film plus personnel... et donc plus complexe (le monsieur ayant 200 de QI, la complexité de Shining serait donc à la mesure de sa démesure !). Alors pourquoi 237 ? Je vous laisse comprendre... en regardant le documentaire. De nombreuses métaphores se référent à l’Holocauste, mais aussi à d’autres génocides. Ces indices, images subliminales, plans de caméra, etc.. amènent le spectateur à se sentir mal à l’aise, cherchant à comprendre quelque chose qu’il devrait voir, mais qu’il n’arrive pas à se rappeler. Ce sentiment de mémoire enfouie est symbolisée dans ce plan incroyable des portes d’ascenseurs de l’hôtel ne s’ouvrant pas, jusqu’à ce qu’un déluge de sang s’échappe par les interstices pour nous submerger. Le public (le Monde) refuse de voir, alors les fantômes du passé (l’Histoire) se chargeront de lui rappeler ses actes par n’importe quel moyen ! 
 Dans l’univers cinématographique de Stanley Kubrick (2001 : l’odyssée de l’espace, Orange mécanique, Barry Lindon, Eyes Wide Shut, Full Metal Jacket, etc...) il y a toujours ce leitmotiv d’une société déclinante, d’un peuple soumis, mais aussi parfois d’une famille « désagrégée », où la folie macabre des hommes est toujours sous-jacente. Il y a bien d’autres théories curieuses, dont le fameux complot qui prétend que Stanley Kubrick aurait tourné dans un studio : La Moon Room 237, les images de la mission Apollo 11, le 20 juillet 1969. 

Tous ces segments intriguent par ces démonstrations implacables et parfois amusantes. Le documentaire est alors un parfait complément au film, donnant envie de revoir Shining pour "accepter" enfin l’œuvre à travers le propre esprit d’un réalisateur secret et inclassable.


Titre : Room 237
Réalisation : Rodney Ascher
Scénario : Rodney Ascher
Production : Tim Kirk
Pays : États-Unis
Genre : Film documentaire
Durée : 102 minutes
Année : 2012


Post-scriptum de la Dame : A noter en complément de ce documentaire, le livre de Roger Luckhurts, Shining, très riche en référence, et paru cette année chez Akileos Eds.

Article initialement écrit pour le site Mondes Etranges.fr

mercredi 30 novembre 2016

Le Fantastique au cinéma. Qu’est-ce que c’est ?

A lui tout seul, le genre fantastique représente plus de la moitié du chiffre d’affaires de la production cinématographique actuelle, alors qu’en 1970 le cinéma fantastique ne représentait que 5% du chiffre d’affaire de l’industrie cinématographique américaine (1).

Petite définition : l’environnement naturel et social où nous nous situons vous et moi (enfin j’espère pour vous) se trouve confronté à des phénomènes non rationnels. Des créatures du folklore ou des objets interviennent dans le quotidien de personnages eux bien ancrés dans la réalité : fantômes, loup-garou, mutants, maisons hantées, miracles, extraterrestres, sorcières et autres incubes. Ces phénomènes non naturels sont soit acceptés ou soit combattus par les personnages. 

Sans remonter aux prémices du cinéma, le genre Fantastique a été très vite un sujet de prédilection pour beaucoup de réalisateurs. L’audacieux Cabinet du docteur Caligari en 1920 de Robert Wiene frappe encore de nos jours par l’étrangeté de la mise en scène et des décors. Norman Mc Leod réalisa déjà en 1933 une version filmée du roman d’ Alice in Wonderland, qui était en fait une adaptation du roman victorien : De l’autre côté du miroir. Au cœur de la nuit (1945) a été réalisé par trois réalisateurs britanniques et le réalisateur brésilien surréaliste Alberto Cavalcanti. Il reste l’un des films britanniques les plus connus. L’un des premiers films à évoquer les phénomènes d’apparitions de fantômes fut L’Aventure de madame Muir en 1947 de Joseph Mankiewicz, puis la trilogie Ring du japonais Hideo Nakata inspirée des Yurei Eiga insuffle aux films "grand spectacle américain" des années 80 (Ghostbusters, Candyman, etc…) un retour inespéré au... discernement. Le film Les Aventures fantastiques du baron de Münchhausen de Josef von Baky en 1943 est une formidable adaptation des récits imaginaires d’un vrai baron allemand. Tourné en Agfacolor et en deux ans, ce fut une prouesse pour l’époque aussi technique qu’historique. En 1946 La Belle et la Bête de Jean Cocteau reste encore de nos jours un magnifique conte de fée filmé qui a inspiré beaucoup de grands réalisateurs dont Ingmar Bergman. La Bête aux cinq doigts, toujours en 1946, de Robert Florey fut l’un des premiers films d’horreur de l’histoire du cinéma, teinté toutefois de moments humoristiques, car la Warner Bros à l’époque ne croyait pas encore à l’impact populaire d’un film entièrement axé sur le Fantastique. Le Labyrinthe de Pan du mexicain Guillermo Del Toro en 2006 évoque le conte de fée destinée aux adultes, tandis que le métaphorique Cube en 1997 du très inégal réalisateur Vincenzo Natali, fait entrer le cinéma d’horreur indépendant dans les milieux branchés. Frankenstein en 1931 a sans doute influencé à lui tout seul presque tout le cinéma fantastique et reste bouleversant encore de nos jours. L’Echelle de Jacob du réalisateur Adrian Lyne en 1990, annonce une nouvelle approche des phénomènes inexpliqués : le Twist final (le film nécessite une seconde lecture pour comprendre la trame réelle). Le Sixième Sens, Mulholland Drive, Les Autres ont recours à ce procédé assez récent au cinéma. La Charrette fantôme en 1939 du réalisateur français Julien Duvivier transporte les spectateurs dans une tourmente reflétant le contexte politique de l’époque, dans un réalisme sombre se mélangeant au surnaturel. Le très industriel et surréaliste Eraserhead de David Lynch en 1976 restera à jamais gravé dans la mémoire de ceux qui l’ont vu. En 1957, le français Jacques Tourneur réalise pour la Columbia Rendez-vous avec la peur. Profondément mystique, Jacques Tourneur, persuadé qu’il existe des mondes parallèles, obtiendra l’autorisation de tourner sur le site de Stonehenge, accentuant l’ambiance réaliste de son film fantastique. Roger Vadim, Louis Malle et Federico Fellini réalisent Histoires Extraordinaires en 1968, regroupant ainsi trois nouvelles de différents recueils du poète et romancier Edgar Allan Poe, lui-même à l’origine du genre Fantastique. L’Alliance (1971) du réalisateur français Christian De Chalonge est un film fantastique plutôt méconnu qui pourtant mérite d’être évoqué.


Tant de films restent à évoquer dans ce petit inventaire comme la fresque fantastique en quatre parties du réalisateur japonais Masaki Kobayashi, Kwaïdan, inspiré de quatre contes fantastiques de l’écrivain Lafcadio Hearn. Dans la peau de John Malkovich est un film insolite de 1999 du réalisateur déjanté Spike Jonze, quant au film visionnaire de fritz Lang Metropolis (1921) celui-ci reste la référence avec Blade Runner de Ridley Scott dans la représentation de la Science-fiction au cinéma (2). En 1982, Litan fut la contribution de Jean-Pierre Mocky au cinéma fantastique français, tout comme Luc Besson se décida, un an après, à faire de l’Anticipation à la française avec son Dernier Combat. Pour ma part, je vous conseille plutôt La Jetée de Chris Marker (1962). Dans La Maison du diable (The Hauting, 1963) Robert Wise réussit à instaurer, grâce à une réalisation basée sur la suggestion, un climat oppressant pendant tout le film. Avec Le Masque du démon en 1960, l’italien Mario Bava donne une belle évocation du vampirisme au cinéma. L’Exorciste de William Friedkin en 1973 fait grimper le cinéma d’Épouvante sur les premières marches de l‘industrie cinématographique pour ne plus les quitter. Nosferatu, le Vampire en 1922 est l’adaptation cinématographique du Dracula de l’écrivain Bram Stocker par le réalisateur expressionniste allemand F.W Murnau. Il reste l’un des films les plus terrifiants que j’ai pu voir adolescente, sans doute grâce (à cause ?) de l’acteur, certes, mais aussi l’utilisation de décors naturels, à la différence des autres films de l’école expressionniste. La version de Werner Herzog en 1979 est un bel hommage à Murnau. Peau D’Âne est un film fantastique français de Jacques Demy réalisé en 1970. Libre adaptation « en-chantée » du conte de Charles Perrault, il illumine toujours autant les soirées télévisées de fin d’année, tandis que Terry Gilliam entonne avec Brazil en 1985 un chant du monde cloisonné dans un cauchemar Kafkaïen ! 


Tant de films fantastiques marquant qui n’ont pas encore été évoqués. Je vous laisse donc compléter cette petite liste non exhaustive avec vos propres références. En attendant votre propre liste, je vous invite à continuer ce petit inventaire cinématographique en présentant les catégories qui composent tout le cinéma fantastique. 

La Fantasy (Le Merveilleux) 


Petite définition : dans un monde imaginaire, des personnages se trouvent en présence de phénomènes non naturels mais acceptés. Bien sûr quand on évoque la Fantasy (l’Héroïc-Fantasy) au cinéma, on pense aussitôt à la saga du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, mais le cinéma du Merveilleux a rencontré ses adeptes bien avant 2001. N’oublions pas le rugueux Conan le Barbare de John Milius en 1981, puis L’Epée Sauvage d’Albert Pyun en 1982, mais aussi le superbe Dark Crystal de Jim Henson toujours en 1982 (très bon cru cette année 1982 !). Pour cette ébauche de liste des films de Fantasy, il faut bien sûr citer le musical Magicien d’Oz de Victor Fleming tournée en 1939. Ridley Scott, lui-aussi, et bien avant de se jeter dans la fosse aux lions, s’est essayé avec succès à mettre en image une sublime légende (3). 

L’ Étrange (l’Insolite) 

Petite définition : l’environnement réel se trouve confronté à des phénomènes différents et inattendus mais possibles. J’ai déjà évoqué plus haut Eraserhead. Il faudrait citer tous les films du grand artiste David Lynch, car toute son œuvre est si étrange et dérangeante. Je vous invite donc à consulter son site au plus vite. Freaks (1932) de Tod Browning est une œuvre unique, elle-aussi étrange et dérangeante et La Nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton est à la fois un conte fantastique et un film noir. Une œuvre unique là-aussi, mais qui n’a malheureusement pas rencontré son public. Le Locataire de Roman Polanski, mais aussi tout le cinéma de Luis Buñuel (Un chien andalou, l’Age d’or), celui du baroque federico Fellini (Boccace 70) et d’Alejandro Jodorowski (La Montagne Sacrée, Santa Sangre) représentent bien le cinéma de l’Étrange ou Surréaliste, l’œuvre de Roland Topor ayant largement influencé certains de ces réalisateurs. 

La Science-Fiction (l’Anticipation) 


Petite définition : le monde réel (ou le futur du monde réel) subit l’intervention d’un phénomène intelligent ou se modifie à cause de la transgression par l’homme (expériences scientifiques). 
Bien sûr, il existe des sous-genres dans chacune des catégories évoquées. La Science-Fiction comprend, en plus de l’Anticipation (La Possibilité d’une île, Alphaville : un film à la croisée de l’anticipation et du polar), le Space-Opéra (et ses légendaires Star Wars), le Cyberpunk : Vidéodrome, Tetsuo, Matrix, Stange Days, Minority Report, le Post-Apocalyptique comme Soleil Vert, les Mad Max ou plus récemment 28 jours plus tard, mais aussi le Pré-Apocalyptique (Les Fils de l’homme). Le Voyage dans le temps est aussi un sous-genre de la Science-Fiction au cinéma. Le film plus représentatif du genre étant l’adaptation du roman de H.G Wells The Time Machine en 1960 de George Pal. Mais n’oublions pas bien sûr Donnie Darko

L’horreur (l’Épouvante, le Gore) 


Petite définition : dans le monde réel ou imaginaire des phénomènes non rationnels inspirent la peur, voir la terreur. Massacre à la tronçonneuse n’est pas un film d’horreur ! J’attends là vos réactions… Mais continuons. Il y a énormément de films d’horreurs. Les plus représentatifs sont peut-être Psycho d’Alfred Hitchcock en 1960. Les films de Wes Craven ont marqué le cinéma d’horreur dans les années 80 (les Griffes de la Nuit), la série des Saw a, elle, marqué le cinéma d’horreur des années 2000. Mais, déjà dans les années 50/60 les films de la Hammer fournissaient aux amateurs d’hémoglobine leurs premiers frissons cinématographiques, puis peu à peu le Gore a commencé à éclabousser les écrans de cinéma avec Blood Feast et 2000 Maniacs de H.G Lewis, ensuite Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en 1980 a choqué au point d’être longtemps censuré. La Horde de Yannick Dahan est la contribution française au cinéma d’horreur ces dernières années, mais déjà dans le film d’Abel Gance J’Accuse de 1930, on peut voir les premiers zombies du cinéma ! Le film d’horreur le plus efficace et le plus réussi reste sans doute The Thing de John Carpenter en 1982. 

Le but de ce petit inventaire n’étant pas de coller des étiquettes à chacun des films évoqués. Le Fantastique, nous l’avons compris, est un genre bien plus vaste qu’il n’y parait. Peu de films peuvent être rangés dans une catégorie à part entière. Un film fantastique peut se révéler à la fois de l’Étrange et de l’Horreur (Freaks, Au-delà du réel, Peeping Tom, Shining), mais il y aura toujours un élément récurent qui le distinguera d’un film fantastique parmi tous les autres. Ainsi on aura toujours la possibilité de qualifier une œuvre dans son intégralité. 

(1) Avec l’aimable participation de l’agent comptable du dr frankNfurter. 
(2) A voir dans la version définitive diffusée sur Arte en février 2010 (et surtout pas dans celle de Giorgio Moroder, même si grâce à lui, des plans inédits du film ont été retrouvés). 
(3) J’évoque bien sûr le film Legend.

Article initialement écrit pour le site Mondes Etranges.fr en 2011

vendredi 11 novembre 2016

Quand Ralph, Sarah et Ben se rencontrent à New-York...

Le Monde, la Chair et le Diable (The World, the Flesh and the Devil) date de 1959 et reste l’un des premiers films post-apocalyptiques américains. Son réalisateur Ranald MacDougall est peu connu, certes, mais son film, inspiré du roman de science-fiction The Purple Cloud de M.P. Shiel est remarquable, tant par ses prises de vue inédites, sa beauté visuelle que par ses idées humanistes toujours d’actualité.

Ralph Burton, un afro-américain (joué par Harry Belafonte qui est aussi le producteur principal du film), se retrouve piégé dans l’un des souterrains de la mine qu’il inspectait. Coincé pendant des jours, il ne réalise pas que le Monde vient d’être détruit par une explosion nucléaire. S’extrayant difficilement des entrailles de la terre, il découvre une ville vidée de ses habitants, où seuls les amoncellements de voitures forment les vestiges d’une société disparue. 
Mais Ralph, ne veut pas se résoudre à admettre être le dernier homme sur Terre. Il décide de partir à la recherche d’éventuels rescapés. Dans un New-York abandonné de tous ses habitants, Ralph rencontre enfin un autre être vivant : c’est une jeune femme blanche, Sarah. 
La vie des deux gens s’organise calmement dans un New-York silencieux. Installés confortablement dans de luxueux appartements et profitant de l’abondance de la nourriture laissée dans les magasins, ils ressentent peu à peu une attirance l’un pour l’autre. Mais cet amour naissant, dans un New-York devenu presque idyllique, devient malgré tout frustrant pour les deux survivants à cause des codes sociaux qui les avaient tant « façonnés » dans leur ancien monde.
Ces valeurs d’un autre temps semblent, surtout pour Ralph, encore bien ancrées dans leurs comportements : la scène où Ralph refuse de s’asseoir à la table d’anniversaire de Sarah, préférant « jouer » son serviteur est si représentative de cette crainte de l’époque (les années 50-60) de briser les barrières sociales et surtout raciales. 
Bientôt Ben Thacker, un homme blanc, débarque pour devenir le troisième et dernier survivant de New-York. 
Ralph préfère laisser se former le « nouveau couple », refusant l’amour que Sarah était pourtant prête à lui donner. Mais, l’indécision de Sarah pour les deux hommes, provoque la jalousie, puis la haine de Ben. Il décide alors de provoquer Ralph dans un duel mortel et le traque dans les grandes avenues abandonnées d’un New-York post-apocalyptique… 
En pleine guerre froide, dans le début des années 60, Hollywood veut produire plus de films catastrophe (Le Dernier rivage ou plus tard Le Survivant), mais aussi d’anticipation (Les soucoupes volantes attaquent, La Guerre des mondes) pour évoquer les événements politiques de l’époque. Dans Le Monde, la Chair et le Diable, le fait d’évoquer les dangers du nucléaire en pleine guerre froide permet surtout à Ranald MacDougall, mais surtout à Harry Belafonte très impliqué dans la lutte contre les inégalités, de dénoncer la discrimination raciale. Une seule scène au début du film expliquera la cause d’une Terre dévastée : Ralph découvre des enregistrements radiophoniques lui apprenant une attaque nucléaire totale utilisant une arme radioactive dont les effets deviennent inoffensifs après plusieurs jours (sic!). L’explication faite, le film peut alors aborder une thématique plus sociologique, voire philosophique. C’est par une mise en scène dépouillée d’effets spéciaux, voire aussi dans la lenteur des déplacements des personnages, que les thèmes principaux sont mis en valeur tout le long du film, permettant ainsi de faire du Monde, la Chair et le Diable un film toujours aussi efficace aujourd’hui, bien axé sur le comportement des survivants comme dans Malevil ou 28 jours plus tard voire même le très raté The Road (inspiré du très réussi La Route du romancier Cormac McCarthy), que sur la catastrophe proprement dite comme dans 2012 ou Armageddon… pour citer quelques mauvais élèves. 
Dans un silence cauchemardesque et jonché de papiers emportés par un vent permanent, le New-York des années 50-60 est montré dans des plans inédits à la photographie sublime, et fait alors de ce monde de chair et de diable, une œuvre à la beauté visuelle plutôt rare dans les premiers films catastrophe, prouvant que ce cinéma de genre peut aussi révéler des films d’auteur. 
Après avoir lutté pour survivre dans cette mégalopole post-apocalyptique, Ralph et Sarah sont confortablement installés depuis que le jeune homme a réparé les installations électriques. La ville reprend alors son rôle de décor à une intrigue plus humaine : les rapports sociaux (le racisme) et les travers qui en résultent. Ainsi le couple « maudit » constitué par Ralph et Sarah rappellent le couple biblique (la Chair) bafouant les lois de la société (le Monde), provoquant leur déchéance (le Diable). Une scène fait aussi référence à la religion chrétienne, comme le titre du film, scène d’ailleurs cruciale et décisive pour l’histoire : Ralph, traqué par Ben (comme les esclaves en fuite étaient traqués par leur maître) s’arrête devant l’inscription d’un monument. C’est une citation de la bible : « Il sera l’arbitre des peuples et le juge de nombreuses nations (…). Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre. » Cette déchéance n’est donc pas une fin, mais plutôt un renouveau évoqué dans la touchante scène finale et son trio amoureux, tandis que le film se termine avec la mention « The Beginning » (Le Commencement) et non pas par le sempiternel : The End.
A noter la très belle bande originale composée par Miklos Rozsa. A noter aussi les prises de vues d’un New-York vidé de toute forme de vie qui ont dû se faire à l’aube, la circulation ayant été bloquée dans certaines avenues (méthode utilisée dans une scène de L’Associé du diable). 


Titre original : The World, The Flesh and the Devil
Réalisateur : Ranald MacDougall
Scénario : Ranald MacDougall d'après le roman The Purple Cloud de M.P. Shiel
Producteur : George Englund et Harry Belafonte
Musique : Miklós Rózsa
Image : Harold J. Marzorati
Genre : science-fiction
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 20 mai 1959

mercredi 2 novembre 2016

Tiembla ante la Santa Inquisición, el libertino joven cinéfilo que eres !

La Révolte des morts-vivants ou La Noche del terror ciego, puis renommé plus tard La Noche (1), est le premier opus d’une série de films d’horreur débutée en 1971, opus appelé aussi La saga des Templiers, comprenant quatre épisodes écrits et réalisés par le réalisateur espagnol Amando de Ossorio.
Ces templiers morts-vivants font partis des rares mythes du cinéma fantastique ibérique, avec L'Horrible Docteur Orlof de Jesús Franco en 1962 et le loup-garou de Paul Naschy (Les Vampires du Dr Dracula, 1968) qui perdurent dans la mémoire du cinéphage. Le cinéma espagnol, plus connu dès les années 30 pour sa tradition surréaliste avec les œuvres de Luis Bunuel, voit apparaître, durant le régime franquiste déclinant du début des années 70, un nouveau genre incitant les spectateurs de l’époque, embourbés dans une société aseptisée, à se tourner vers un autre cinéma : le Fantaterror : un cinéma fantastique fauché, où monstres, érotisme et gore soft faisaient un cocktail bienvenue, exorcisant la soumission d’un peuple face à un Général Franco vieillissant. Au début des années 70, El Caudillo n’était-il pas, après tout, la parfaite incarnation du vampire décrépi ? 
Ce sous-genre cinématographique, atypique sous une ère de dictature, perdura toute une décennie. 

Des chevaliers de l’ordre du Temple, devenus cavaliers morts-vivants après avoir eu les yeux brûlés (Merci la Sainte Inquisition !), ont jeté leur malédiction sur un village du Portugal. Depuis, chaque nuit, les Templiers sortent de leurs tombes près des ruines de leur château pour hanter les vivants sous l’apparence de squelettes putréfiés, chevauchant inlassablement les plaines sur leurs montures fantômes. Une nuit, ils sont réveillés par Virginia, une jolie jeune femme, perdue dans la plaine et légèrement vêtue (sic). Roger son fiancé et une de leur amie recherchent la jeune femme, mais le fiancé se fait bien vite massacrer par les Templiers, tandis que Virginia, devenue vampire, meurt brûlée. Leur amie Betty, seule rescapée des ruines maudites, réussit à monter dans le train qui traverse la plaine déserte, mais les Templiers zombies se sont agrippés au dernier wagon... 


Durant la dictature franquiste, la censure (forcément inévitable, écrirait une certaine Marguerite D.) tolérait les films fantastiques de facture classique ; ainsi dans les années 60, Jésus Franco, réalisateur phare du genre gothique espagnol, réalisait des films fantastiques tel que son Dr Orloff, puis au fil des années, il se mit à tourner des films bien plus sulfureux comme Justine en 1969 ou Les cauchemars naissent la nuit en 1970, installant judicieusement, malgré le lourd contrôle de la production cinématographique, la prédominance de « l’horreur sadomasochiste » sur le « fantastique », ce qui donna l’idée originale et atypique à Amando De Ossorio en 1971 d’un tout nouveau style de créatures horribles : des templiers zombies. Afin de ne pas subir des coupes en tout genre (à cause de scénarios subversifs ou de scènes trop osées), voire un refus d’exploitation en salle, beaucoup de films de genre se cachaient derrière l’étiquette coproduction internationale. Les noms des personnages et des acteurs étaient toujours anglo-saxons, donnant un cachet hollywoodien aux films locaux. Ainsi, Amando de Ossorio, pour déjouer la censure, fit tourner ses Templiers dans une coproduction portugaise, et pouvant donc critiquer à son aise le régime franquiste. 
Le budget très limité donne au film de De Ossorio un aspect kitsch (les subventions de l’état allant de toute façon en priorité au cinéma de patrimoine). Son succès en salles lui permis de créer une saga, chacun des films devenant une sorte de remake perpétuel du premier. Avec cette saga horrifique, l’âge d’or du Fantaterror battra son plein pendant toutes les années 70, telle une métaphore cinglante (sanglante ?) d’une Espagne à la dérive, étouffée par un conservatisme extrême : les templiers sanguinaires et puritains évoquant le Général Franco et ses amis ecclésiastiques. 
Ce cauchemar gothique (car il y a bien un aspect gothique avec ces Templiers, mais nous y reviendrons plus tard), et gore à la fois, renvoie le spectateur de l’époque à ses craintes ancestrales. De Ossorio rappelle ainsi une époque sombre de l’Espagne en évoquant la légende des Templiers du Moyen-Age : l’ordre religieux et militaire qui protégea les pèlerins en route pour Jérusalem durant la Guerre sainte jusqu’à ce que l’Inquisition Espagnole détruise L’ordre, accusée d’hérétique. Les Templiers d’Amando De Ossorio deviennent ainsi des morts-vivants vengeurs, sanguinaires et très puritains : incarnation audacieuse de la censure imposée par le régime national-catholique de Franco en guerre contre la débauche de toute sorte ! 
Audacieux, mais surtout original ce templier mort-vivant. Le réalisateur espagnol a su créer un nouveau mythe du cinéma fantastique : le zombie ibérique momifié s’inspirant du zombie américain de George Romero (La Nuit des morts-vivants, 1968) qui, lui, est représenté dans une putréfaction toujours humide (le zombie pas le réalisateur !). Originale aussi grâce à l’une des grandes trouvailles du film : des chevaliers morts-vivants chevauchant des puissants destriers fantômes galopant au ralenti et sortant toujours de nulle part.


C’est un cauchemar au ralenti auquel assistent les spectateurs grâce à ce procédé visuel réussi et bien singulier. Par divers aspects techniques et une mise en scène maîtrisée malgré le budget ridicule, le film rappelle, dans certains plans, l’esthétique du giallo chers à Mario Bava, Dario Argento (L’Oiseau au plumage de cristal, 1970), et un an plus tard, Lucio Fulci (La Longue Nuit de l’exorcisme). Le recours de l’inspecteur menant son enquête ou du savant théorisant dans la bibliothèque, sans compter les inévitables scènes gores, rappellent le giallo qui aura son heure de gloire avec les réalisateurs italiens des années 70. 
Le traitement de la couleur, avec la scène où Virginia, devenue vampire, meurt dans les flammes (2) ou le plan de la grenouille qui saute dans une mare de sang, entraînent aussi le film vers une ambiance onirique. 
L’une des scènes importantes de cette révolte est celle du prologue (3), où par sa violence sadomasochiste elle évoque la période faste à venir des premiers films gore. Amando De Ossorio (avec Jess Franco) anticipe ainsi, dans une Espagne pourtant prude, la vague de voyeurisme de la décennie à venir. La crudité d’un prologue dès plus sanglant reste un beau camouflet à une censure et une morale chrétienne excessive. Le réalisateur distille dan son film des scènes tantôt sadiques, tantôt érotiques, prenant plaisir à bafouer l’église toute puissante de l’époque, telle la scène de saphisme éthéré entre Betty et Virginia, où les deux jeunes femmes se souviennent de leurs caresses dans le couvent de leur adolescence, sans oublier la terrible scène du viol de Betty par un contrebandier dans les ruines du château. Amando De Ossorio va même jusqu’à évoquer le tabou ultime, celui du massacre sanglant d’un enfant, dans la scène du train pris d’assaut par les Templiers. Le chef de gare (De Ossorio lui-même) et la population découvriront alors, dans un plan suggestif, l’enfant, ainsi que tous les corps des autres passagers à moitié dévorés. 

Même si le film fait parti de la longue liste des films Z, en raison de contraintes matérielles, d’une interprétation approximative et d’un scénario simpliste rendant des scènes bien répétitives, le talent d’Amando De Ossorio permit une certaine originalité, créant une œuvre importante du cinéma bis qui marquera le public de l’époque dans sa représentation singulière de l’horreur sadique avec des effets spéciaux et une ambiance onirique plutôt réussis. 

Mais il est bien loin le temps où les sous-genres faisaient les beaux jours des cinémas de quartier. Le genre disparu des salles au début des années 80 pour faire place à la Movida dans une Espagne libérée du Franquisme, illustrant l’envie de la population de vivre, sous toutes les formes artistiques et culturelles, la joie et la liberté. 
Il faudra attendre Alejandro Amenabar au début des années 2000, pour un renouveau du cinéma fantastique espagnol. 


( 1) De nombreux titres ont illustré diverses jaquettes à l’époque de la VHS du film (à se coincer les doigts dans sa croix de Saint-Benoit !), comme par exemple : Night of the Blind Terror ou Tombs of the blind dead. 

(2) Rebecca meurt dans les flammes comme une sorcière, et comme les Templiers combattus par l’Inquisition. 

(3) Une jeune femme dénudée sur une croix est sacrifiée par des Templiers hérétiques du Moyen-Âge, dans un voyeurisme complaisant... et bien érotique. 

(4) A noter qu’en 1985, Jess Franco réalisa La mansión de los muertos vivientes, le dernier volet des Templiers maudits, beau clin d’oeil (qui s’avèrera néanmoins être une version fade par un Jess Franco sans doute très fatigué) du maître du cinéma déviant à son acolyte espagnol.

La saga des Templiers

La Noche del terror ciego (La Révolte des morts-vivants, 1971) 
El Ataque de los muertos sin ojos (Le Retour des morts-vivants, 1973) 
El Buque maldito (Le Monde des morts-vivants, 1974) 
La Noche de las gaviotas (La Chevauchée des morts-vivants, 1975) 
Et sans oublier, La mansion de los muertos vivientes de Jess Franco en 1985